Jeanine PANNIER
Méditation ZAZEN :
"Il existe, en nous, un espace de paix"

Discrète, mais incontournable, Jeanine guide depuis plusieurs années les séances de méditation Zazen au Dojo de L’ILAM. Une pratique qui semble d’une grande simplicité… jusqu’à ce que l’on s’y confronte. Car derrière l’immobilité se cache l’une des disciplines les plus exigeantes enseignées: Celle de l’esprit. Comment fonctionne la méditation zazen et que nous apprend-elle sur nous-mêmes ? Rencontre avec Jeanine Pannier.

Les séances de Zazen sont et resterons libres et gratuites pour toutes et tous.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Jeanine PANNIER, j’ai bientôt 62 ans. J’ai deux enfants et je suis deux fois grand-mère.
je suis plutôt une pratiquante qu’une théoricienne. Sur le plan professionnel, j’ai un parcours diversifié de travailleuse sociale et comme aidante, j’accompagne des personnes et des familles depuis une trentaine d’années.
J’ai fait à la basedes études artistiques et j’ai continué en parallèle à peindre, dessiner. J’ai commencé une formation pour devenir art-thérapeute.
Les arts martiaux et la méditation pour toi, est-ce une contradiction ou une
évidence ?
Il s’agit plutôt d’une évidence en prenant de l’âge ; c’est une recherche d’équilibre.

Quel a été ton parcours dans les arts martiaux ?
J’ai commencé le karaté Shotokan, à 26 ans, après avoir pratiqué différents sports (natation, gymnastique, danse jazz…).
Mon premier professeur nous a initié aussi à l’Uchi-ryu, qui nécessitait plus d’endurcissements.
Pendant ces années-là, j’ai occupé plusieurs postes au sein de l’association et pratiqué la compétition, en combat. Je suis également titulaire d’un DIF en Karaté.
Peux-tu nous raconter comment tu es arrivée à l’ILAM ?
Puis, j’ai changé de club pour arriver au petit dojo, passage des 3 anguilles, à Lille, en 2000 ; je souhaitais passer ma ceinture noire. Un ami qui y avait passé
sa ceinture noire de karaté, quelques années auparavant m’en avait parlé, et je suis allée voir.
J’y ai continué le tai-chi Yang -commencé une année auparavant chez louis Mortelecque-, sous une forme différente (tai-chi yang originel) J’ai fait de nombreux stages en karaté et tai-chi. Et, puis, en karaté, j’ai passé deux dan supplémentaires, après la noire.
Comment as-tu découvert le zazen ?
J’ai commencé le zazen, plus tardivement, vers 2010 : sur les conseils de Patrick qui nous en parlait de temps en temps, pendant les cours de karaté. Il disait que c’était la voie la plus abrupte.
Mais, dès l’adolescence, la pratique de la méditation m’attirait ; en dessinant, j’appréciais déjà cet aspect contemplatif.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de poursuivre cette pratique ?
Une fois commencé zazen, je ne me voyais pas arrêter ; j’y ai trouvé rapidement de l’apaisement. C’est un vrai travail de fond pour calmer le mental.

Comment expliquerais-tu le zazen à une personne qui n’en n’a jamais entendu parler ?
Faire zazen, c’est être assis sur un zafu (coussin) en demi-lotus, le dos bien droit, en prenant conscience de sa posture, de sa respiration et en laissant passer ses pensées sans s’y accrocher. C’est « être ici et maintenant ».
 Peux-tu nous présenter brièvement l’origine et l’histoire de cette pratique ?
Au 6 ème siècle, avant J.C, en Inde, Sidharta trouva l’éveil sous l’arbre de la Bodhi, en posture de zazen et devint le Bouddha Shakyamuni. Il cherchait à comprendre la source de la souffrance et à s’en libérer. Puis, le Bouddha sillonna le pays pendant 45 ans pour enseigner.
Puis, de maîtres à disciples, l’enseignement s’est transmis en Inde, en Chine, au Japon, pour arriver jusqu’ à nous aujourd’hui. Les principes bouddhistes sous-tendent donc notre pratique.
Existe-t-il différentes formes de méditation assise ?
Oui, il existe différentes formes de méditation assises qui se réfèrent à d’autres traditions, reliées à d’autres pays, telles que :
– Le zazen de l’école RINZAÏ} relié à la Chine
– La méditation taoïste } reliée également à la Chine
– La méditation tibétaine, qui utilisent des images et des mantras,
– La pleine conscience, ou mindfullness, issue du bouddhisme et adaptée au
monde occidental, Cette réponse est très partielle. Je n’ ai pas une connaissance exhaustive de toutes les méditations ; cette question demanderait une vraie exploration théorique.
Quelles sont les particularités du zazen et de l’école SOTO ?
Le zazen de l’école SOTO est une pratique très sobre, implantée majoritairement au Japon ; être assis en lotus ou demi-lotus devant un mur (la posture est très importante) et laissé passer les pensées ; être dans l’instant présent ; la méditation n’est ni guidée par la parole, ni par des images ou des mantras.
Y-a-t-il une figure majeure ou un maître emblématique associé à cette tradition ?
Au 13 ème siècle, au Japon, le maître Dogen posa les fondements du Soto zen. Chaque maître a son importance dans la transmission. Mais, la figure qui nous relie plus directement au zazen dans ce dojo est le maître Deshimaru. A la demande de son maître, Kodo Sawaki, il est venu en Europe dans les années 70 pour diffuser le zazen. Au petit dojo, Roland Viane a reçu cet enseignement qu’il a ensuite également transmis à d’autres élèves dont Patrick, notre professeur.
 Que répondrais-tu à quelqu’un qui affirme que le « zazen consiste simplement à ne rien faire » ?
Je ne lui répondrais rien ; je l’inviterai à pratiquer. Et seulement ensuite, nous pourrons discuter.

Comment se déroule concrètement une séance de Zazen à l’ILAM?
La séance dure environ 1h05 ; c’est précis !. A la même heure, 18H30, chaque samedi. Les personnes arrivent un peu avant l’heure ; ce qui permet de se poser et de discuter.
La séance est très ritualisée, rythmée par des déambulations, des saluts(gasshos) et des sons.
Les deux phases de méditation de 25 minutes sont intercalées par une marche concentrée appelée Kinhin.
A la fin du second temps de méditation, nous psalmodions ensemble le sutra du cœur : Hannya Shingyo.
 Que découvre-t-on lors d’une première séance ?
Peut-être le décalage entre l’idée-voire l’idéal- qu’on s’en ai fait et la pratique.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les débutants ?
Tout dépend des personnes et aussi de leur bagage culturel. Je dirai principalement l’inconfort de la posture et l’aspect surprenant du rituel.
Et après plusieurs années de pratique, quels sont les défis qui demeurent ?
Le mental occupe une place importante dans notre société, et le laisser se calmer relève d’un changement de fonctionnement à ancrer au fil des années.
C’est un peu comme remettre à chaque fois son ouvrage sur le métier à tisser.

Comment en es-tu venue à transmettre le Zazen aujourd’hui ?
Je pratiquais déjà zazen depuis plusieurs années au dojo et, mes enseignants, élèves de Roland Viane, quittaient le dojo. Ils m’ont demandé si j’étais d’accord pour prendre le relais ; j’ai accepté.
Qu’est-ce qui te motive à continuer d’animer ces séances ?
Cela me semble essentiel que cette transmission se poursuive ; c’est un cadeau.
Je me suis engagée dans cette voie, et je suis loyale par rapport à cet engagement.
Je suis un petit maillon dans cette transmission.
Que représente pour toi la transmission de cet enseignement ?
C’est une belle pratique qui peut amener de l’équilibre à chacun, et qui mérite d’être partagée et transmise.
As-tu le souvenir d’une rencontre ou d’un témoignage particulièrement
marquant ?
Le souvenir de Roland Viane est présent pour moi, ainsi que les écrits et interviews de maître DESHIMARU.

Faut-il être souple, calme ou déjà « zen » pour commencer ?
Il est surtout nécessaire d’avoir envie de pratiquer. La souplesse peut aider pour la posture en demi-lotus.
A qui s’adressent les séances de zazen ?
A tous et toutes, car la posture peut s’adapter. Les personnes qui ont des difficultés à s’asseoir au sol peuvent utiliser une chaise.
Que dirais-tu à une personne qui hésite à essayer ?
Je lui demanderais ce qu’elle risque à essayer.
Pourquoi l’ILAM a-t-il choisi de proposer des séances libres et gratuites ?
Cette décision est issue de discussions avec les enseignants précédents, et en rapport avec la culture bouddhiste et la pratique dans les temples zen.

Quels sont selon toi, les principaux bienfaits du zazen ?
Cultiver la paix de l’esprit et du corps. Faire zazen c’est un peu « comme prendre une douche intérieure ».
Qu’est-ce que cette pratique t’a appris sur toi-même ?
J’ai pris conscience de la place de l’égo, et j’ai compris qu’en moi, existe un espace de paix.
Le zazen a-t-il changé ton regard sur la vie ou sur les autres ?
Le zazen amène un dépouillement ; ce serait donc plus un « nettoyage » du regard.
Quel message aimerais-tu transmettre aux personnes qui découvrent le zazen aujourd’hui ?
J’aimerais leur dire qu’il faut persévérer, ne pas se décourager aux premiers obstacles, et que cette pratique s’ancre avec le temps. Cette pratique est à contre-courant de certaines pratiques consuméristes actuelles : le tout, tout de suite. Elle vient toucher notre nature et notre place d’être humain sur cette terre.
Souhaites-tu adresser quelques remerciements ou partager une dernière réflexion ?
Oui, je tiens à remercier Patrick, pour toutes ces années d’enseignement, et Roland, aujourd’hui décédé, qui a été son professeur.
Je remercie aussi toutes les personnes qui pratiquent au dojo et qui en constituent l’âme.
Nous avons beaucoup de chance de pouvoir y pratiquer zazen.